Le permis feu est un document de sécurité qui encadre les travaux par point chaud, c’est-à-dire toute intervention susceptible de produire des étincelles, une flamme ou une chaleur importante. Il cible les maillons du triangle du feu pour empêcher la combustion.
Il s’applique à plusieurs opérations, qu’elles soient réalisées en intérieur ou en extérieur :
- de soudage
- de meulage
- de découpage thermique
- d’oxycoupage
Ces interventions sont fréquentes dans les opérations de maintenance, de réparation ou de modification d’installations. Elles représentent un risque réel de déclenchement d’incendie.
Voici les objectifs de ce document :
- Prévenir les départs de feu et les explosions : en identifiant les risques liés aux sources de chaleur, aux matériaux inflammables ou à l’environnement immédiat.
- Protéger les personnes, les biens et les bâtiments : en s’assurant que les mesures de protection et de surveillance sont bien définies et appliquées.
- Impliquer les différents acteurs : le donneur d’ordre encadre l’intervention, l’opérateur exécute les travaux, et le surveillant contrôle la sécurité du site.
Dans quels contextes le permis feu est-il obligatoire ?
Le permis feu est requis dans plusieurs situations clairement définies par la réglementation ou les exigences des professionnels du risque.
À Paris et en Île-de-France (75, 92, 93, 94), un arrêté préfectoral rend le permis feu obligatoire pour tout travail par point chaud effectué hors poste fixe (atelier). Cette mesure vise à réduire les départs de feu en milieu urbain dense.
D’autres environnements professionnels sont également concernés :
- Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE): le permis feu est nécessaire.
- Immeubles de Grande Hauteur (IGH) : les textes imposent la délivrance systématique d’un permis feu.
- Établissements Recevant du Public (ERP) : l’article GN13 interdit les travaux dangereux en présence du public sans mesures de sécurité. Selon le type d’ERP, les modalités du permis feu et les contrôles associés varient sensiblement.
En dehors de ces cadres, le permis feu tend à devenir la norme pour toute intervention par point chaud, notamment sur les sites sensibles ou en co-activité. Les assureurs en font d’ailleurs une exigence fréquente dans leurs conditions de garantie.
Qui rédige, signe et valide le permis feu ?
Le permis feu est rédigé en amont des travaux par le donneur d’ordre ou une personne habilitée à la sécurité incendie (responsable sécurité, coordinateur SSI, etc.). C’est cette même personne qui prépare le formulaire en s’appuyant sur l’analyse des risques et veille à y consigner toutes les mesures de prévention avant toute signature.
Ensuite, trois acteurs signent le document :
- Le donneur d’ordre (chef d’entreprise, maître d’ouvrage ou son représentant) autorise l’intervention et confirme que les protections sont en place.
- L’opérateur (salarié interne ou prestataire) réalise les travaux par point chaud et s’engage à respecter les consignes.
- Le surveillant, formé à cette mission, contrôle le respect continu des mesures de sécurité pendant et après l’opération.
En IGH, la réglementation prévoit que le permis feu soit co-signé par le maître d’ouvrage, un agent SSIAP 2 minimum, et l’opérateur.
Étapes clés du permis de feu (avant, pendant, après)
Le permis feu s’organise en trois temps : avant, pendant et après les travaux.
Avant toute intervention, le donneur d’ordre et le surveillant réalisent une analyse des risques et classes de feu probables. Ils identifient les matériaux inflammables, éloignent les éléments sensibles et préparent les équipements de protection.
Toutes les consignes sont inscrites dans le permis feu.
L’opérateur, de son côté, prend connaissance des consignes de sécurité et confirme qu’il peut intervenir dans les conditions prévues. Le document est signé par les trois parties avant le démarrage.
Pendant les travaux, l’opérateur applique les mesures prévues dans le permis feu. Il respecte les procédures et reste en lien constant avec le surveillant.
Enfin, après l’intervention, le surveillant réactive les dispositifs de sécurité désactivés (alarme, détection incendie), inspecte la zone avec l’opérateur pour vérifier l’absence de risque.
Puis, il effectue une ronde de surveillance pendant au moins deux heures. Cette phase finale garantit un niveau de sécurité suffisant jusqu’à la reprise normale de l’activité.
Bonnes pratiques pour une mise en œuvre efficace
- Utilisez un formulaire clair et complet au format papier ou numérique : Il doit couvrir toutes les étapes : avant, pendant et après l’intervention.
- Formez les opérateurs et surveillants : chacun doit connaître les risques, les consignes, et savoir réagir en cas d’incident. Par exemple, savoir quel extincteur choisir pour quel type de feu en suivant une formation extincteurs.
- Ajoutez un plan de prévention si le chantier est complexe ou implique plusieurs intervenants : Il doit préciser les règles à suivre et les mesures renforcées.
- Vérifiez que le dispositif respecte les exigences de ton assureur : en cas d’incendie, l’indemnisation dépend du respect strict des procédures.
Les conséquences en cas d’absence ou d’insuffisance
L’absence de permis feu, ou un document mal rempli, constitue une défaillance grave en matière de prévention. En cas de sinistre, cela engage directement la responsabilité civile et pénale des entreprises concernées.
La jurisprudence considère l’absence de traçabilité, de signature ou de contrôle comme une faute caractérisée. L’entreprise utilisatrice, comme l’intervenant, peuvent être mis en cause pour manquement à leur obligation de sécurité (Code du travail, articles L4121-1 et suivants).
Sur le plan assurantiel, la clause de déchéance de garantie s’applique souvent : l’assureur peut refuser toute indemnisation si le permis feu n’a pas été émis ou validé selon les règles. Même une erreur de procédure (date incorrecte, signature manquante) peut entraîner un refus partiel ou total.
Si le sinistre touche des personnes (salariés, occupants, public), les sanctions peuvent inclure des amendes, des peines de prison pour les dirigeants, et des fermetures administratives.
Le permis feu encadre les travaux par point chaud dans un objectif simple : éviter l’incendie. Ce document, préparé en amont et signé par tous les acteurs, formalise les mesures à prendre avant, pendant et après l’intervention.



